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Arsène Burny, une vie passionnée et passionnante

Mammouth - jeu, 13/03/2025 - 12:38
A 91 ans, le chercheur belge continue à vouloir faire progresser la science

Photo : Charlotte Simon

« J’ai toujours gardé l’amour des premières expériences scientifiques ». À 91 ans, Arsène Burny continue de mener une vie riche de découvertes et de dévouement. Chercheur, professeur et ancien président du Fonds de la Recherche Scientifique (FNRS), il a consacré sa carrière à la science et à l’éducation. Dans cet entretien, il revient sur son parcours et ses combats pour la recherche.

Qu’est-ce qui vous a motivé à devenir chercheur ? 

Tout petit, je voulais comprendre les choses qui m’entouraient. J’étais fils d’agriculteur. Ma motivation était alors de comprendre ce qu’il se passait dans les champs de mes parents quand on les ensemençait en septembre, octobre, pourquoi en cas de gel, en hiver, tout mourait…

Durant votre carrière, y-a-t ’il une découverte dont vous êtes particulièrement fier ? 

J’ai toujours gardé l’amour des premières expériences scientifiques que j’ai faites avec un collègue. Nous avions découvert le premier ARN messager. Il s’agit d’une molécule qui copie les instructions contenues dans l’ADN pour les transporter jusqu’aux « usines » » de la cellule, où elles sont utilisées pour fabriquer des protéines. À l’époque, mon collègue et moi étions deux jeunes chercheurs à l’Université de Bruxelles. Ensemble, nous sommes entrés dans le détail de la biologie moléculaire en isolant ce « messager », en allant du très vaste au très précis. Nous étions les premiers, au monde, à réussir à isoler cette molécule si importante.

Quelles aptitudes sont essentielles pour un chercheur ?

Les qualités requises aujourd’hui pour un chercheur sont les mêmes que celles attendues depuis toujours. C’est la persévérance, le courage, la lucidité et l’intelligence évidemment. Le fait de ne pas se décourager fût vrai en tout temps et est encore vrai aujourd’hui. Il faut toujours se dire : « j’ai raté, où est-ce que ça a pu clocher ? »  Cela permet d’identifier tous les endroits où le chercheur  n’a pas fait attention. En recherche, de telles situations se produisent assez fréquemment. La nouvelle génération est très impressionnante, notamment grâce aux moyens dont elle dispose aujourd’hui par comparaison à ceux que j’ai connus. 

Vous parlez de persévérance, avez-vous le souvenir d’un moment où elle a payé ? 

La persévérance a payé de multiples fois, parce qu’il ne faut pas s’imaginer le métier de chercheur comme étant facile, où on ne reçoit pas des gifles fréquemment. On se dit : « oh, voilà une molécule qui a l’air très intéressante ». On pense mettre la main sur un lingot d’or, et en fait, le lingot d’or se transforme en lingot d’argent ou d’argile. Il est important de rappeler aux jeunes chercheurs que la recherche fonctionne ainsi : des moments de grande réussite, comparables à des pics étroits qui montent très haut, suivis d’une déception. Cela fait partie du métier.

Il reste énormément à faire. 

Arsène Burny Vous êtes aussi une figure incontournable du Télévie. Comment êtes-vous arrivé dans cette aventure caritative et télévisuelle ? 

En 1988, Jean-Charles De Keyser qui présentait le journal de RTL vient au Fonds National de la Recherche Scientifique, où un peu par hasard, j’y avais remplacé mon patron qui terminait sa carrière. Je suis ainsi devenu vice-président d’une commission de cancérologie. Je me souviens encore des paroles de Jean-Charles.  « Je deviens directeur général d’une compagnie de télévision qui s’installe en Belgique francophone. Je cherche une émission qui soit populaire mais intelligente. Je ne veux pas un truc qui abrutisse les gens. Avez-vous une idée pour moi ? ». Un ministre nous dit alors : « une émission sur la recherche scientifique, ça n’intéresse personne ». De Keyser lui répond : « oui, mais ce qu’on n’a pas fait, c’est le faire savoir. Il faut non seulement faire les choses, il faut aussi les faire savoir. Nous, compagnie de télévision, nous allons les faire savoir ». En décembre 1988, la décision est prise de lancer le Télévie en avril 1989. C’est ainsi que, depuis 35 ans, je suis impliqué dans cette aventure.

Il ne faut pas prendre les gens pour des imbéciles.

Arsène Burny Pourquoi la diffusion des connaissances scientifiques au grand public est-elle toujours essentielle aujourd’hui ? 

Parce qu’il ne faut pas prendre les gens pour des imbéciles. Il est essentiel de s’adresser à eux dans un langage qu’ils comprennent. Sinon, ils se disent : « c’est un type qui veut nous faire croire quelque chose ». Toutes les disciplines sont explicables à condition de les maîtriser. Utiliser un langage simple et compréhensible par ton interlocuteur est indispensable, sinon tu perds ton temps.

Si vous deviez recommencer votre carrière, feriez-vous les choses différemment ? 

Non, je pense que je ferais la même chose. Je pense ne pas avoir perdu mon temps à faire des études d’ingénieur agronome. Ce parcours m’a donné une vue très vaste de beaucoup de problèmes.

Quels sont les aspects de votre travail qui vous enthousiasment toujours ? 

Aujourd’hui, j’ai 91 ans. Je ne suis plus capable de travailler en laboratoire, de demander de l’argent à qui que ce soit. D’ailleurs, je ne recevrais rien car on me dirait que je suis trop vieux (rires). Alors qu’aux États-Unis, à 80 ans, tu peux solliciter des fonds auprès du National Institute of Health et tu en obtiens. Si ton projet est solide, personne ne te demande ton âge, ils s’en moquent. Ainsi, aujourd’hui, je me consacre à la lecture des meilleures revues scientifiques. J’analyse les informations essentielles que j’envoie ensuite à mes contacts travaillant au Télévie, qui disposent de bien moins de temps que moi pour se tenir informés des avancées dans le domaine. Or, il est crucial de rester informé pour ne pas prendre des directions qui manifestement ne sont pas bonnes.

Vous n’avez pas envie de prendre votre retraite ? 

Non, non ! Il y a des tas de choses qu’on ne maîtrise pas. La médecine est pleine de maladies contre lesquelles on ne sait pas faire grand-chose, de cancers qui sont encore mortels. Quand un médecin vous dit que vous avez une tumeur du cerveau, dans 9 cas sur 10, c’est mortel. Il reste énormément à faire. 

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Comment le cinéma représente l’intelligence artificielle

Mammouth - mer, 12/03/2025 - 14:06

Metropolis, 2001Odyssée de l’Espace, Blade runner, Terminator, Matrix, Her, Battlestar Galactica… le cinéma et les séries ont depuis longtemps montré des robots et des intelligences artificielles. Comment ces représentations ont-elles évolué au fil du temps ? On vous explique dans notre podcast.

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28 jours de répit

Mammouth - lun, 10/03/2025 - 15:19
La vie d’un centre d’accueil d’urgence

Crédit photo : Lilou Vanderheyden

Un centre d’accueil d’urgence d’Anderlecht offre 28 jours de répit.
Dès l’entrée, un sas de sécurité. Devant moi, quatre hommes énoncent leur nom et leur numéro. Les vigiles vérifient leur identité avant de les laisser passer. On me tend un talkie-walkie, « au cas où », puis je découvre ce bâtiment de quatre étages.

Ce centre accueille des hommes sans abri, pour une durée maximale de 28 jours. Chaque jour, certains arrivent, d’autres repartent. Créé par la Plateforme citoyenne BelRefugees, il fait partie d’un réseau de lieux d’hébergement d’urgence. Ici, chacun trouve un lit dans une chambre partagée, trois repas quotidiens et la possibilité de laver son linge.

Ils sont une centaine à cohabiter entre ces murs, venus des quatre coins du monde : Érythrée, Congo, Gaza, Burundi, Yémen, Russie… Des sans-abri, des demandeurs d’asile, des hommes en transit. La plupart sont sans papiers. Ils ont parcouru des centaines de kilomètres dans un périple chaotique et périlleux pour rejoindre la Belgique. Pour les accompagner, une vingtaine de travailleurs veillent : ils orientent, répondent aux besoins, gèrent les tensions inévitables d’un espace où tant d’histoires se croisent. Parfois, des activités sont organisées, offrant aux plus isolés un moment d’évasion, un semblant de normalité.

Dans ce bâtiment blanc, impersonnel, la vie bat son plein. Une diversité précieuse résonne, portée par des voix, des regards, des silences. Chacun sait qu’au bout des 28 jours, la rue l’attend de nouveau. Alors, il en profite. Ce n’est ni le confort, ni un foyer. Mais ici, il n’est plus seul.

Chaque midi, des sandwiches sont distribués. Pour manger, ces hommes font la queue pendant que les organisateurs enregistrent leur présence. Ils reçoivent un fruit, un sandwich, ainsi que du thé ou du café. À leur arrivée, les hommes se déshabillent, on leur prête des vêtements et leurs affaires sont entièrement congelées pendant 2 jours. Elles sont ensuite lavées puis rendues à leur propriétaire. Ce rituel permet d’éviter les punaises ou les maladies et de rendre des affaires saines aux habitants de l’immeuble pour l’ensemble de leur séjour. Le centre, en partenariat avec l’association Hobo, a créé trois jours de formation pour enseigner les bases pour utiliser un ordinateur: taper sur un clavier, rédiger un texte, envoyer des e-mails. Cette formation permet de faire un pas vers l’insertion. Cela leur permettra d’échanger avec un avocat, de trouver un logement, etc. Oscar a 50 ans et vient du Burundi. Il a fui son pays. Cela fait trois ans qu’il est parti, laissant derrière lui sa femme et leurs six enfants. Il est d’abord passé par la Pologne, puis par l’Allemagne, avant d’arriver récemment en Belgique. Son objectif est d’obtenir l’asile pour pouvoir faire venir sa famille auprès de lui. Chaque jour, ils communiquent et s’envoient des photos. Il espère les retrouver au plus vite. Chaque demandeur d’asile reçoit une carte d’avocat pour sa deuxième interview. Ces objets appartiennent à l’un d’eux, posés sur l’appui de fenêtre d’une chambre. Les chambres sont simples, allant de une à cinq personnes, et sont attribuées en fonction de la nationalité ou de la langue. Tewelde vient d’Érythrée. Il a fui son pays parce que là-bas, il n’est pas libre. L’Érythrée est l’un des pays les plus fermés et autoritaires au monde, souvent comparé à la Corée du Nord en raison de son régime répressif. Tewelde est parti parce que là-bas, on n’a pas le choix : on doit devenir soldat. Il aurait aimé être journaliste, mais la liberté de la presse n’existe pas. Là-bas, « The freedom is a luxury » dit-il. Aujourd’hui, il veut reconstruire sa vie en Belgique et demande l’asile dans l’espoir d’avoir une vie normale. La librairie de l’hébergement est l’un des seuls lieux communs. On y trouve des livres, des dessins et un jeu de dames. Tewelde aime y jouer avec son ami Futsum, qui vient lui aussi d’Érythrée. Chaque occupant a droit à un casier et un cadenas. Cependant, peu y stockent des affaires. Les travailleurs du centre déconseillent d’y entreposer des objets de valeur, car ils sont très souvent volés. Dans les couloirs, peu de chambres sont grandes ouvertes. Les habitants essaient de préserver le peu d’intimité qu’ils ont et laissent très souvent leur porte fermée. Cet occupant, dont la chambre est grande ouverte, se rend de chambre en chambre et fait des essayages.

De temps en temps, un tournoi de baby-foot est organisé. Des équipes de deux s’affrontent dans une ambiance conviviale et compétitive.

Les deux gagnants du tournoi de baby-foot sont récompensés par une médaille et une boîte de chocolats. Les gens célèbrent la victoire en criant et en chantant. Dans un logement regroupant autant d’hommes d’origines multiples, de nombreuses religions se croisent. Ces tapis de prière, disposés dans un coin de la pièce, sont mis à disposition pour ceux qui le désirent. Ce dessin n’est pas celui d’un enfant, c’est celui d’un adulte qui a participé à une activité de « dessin-thérapie ». Durant cet atelier, on leur demande de dessiner un moment marquant de leur vie.

Cet hébergement est très aseptisé, avec des couloirs blancs et vides qui se ressemblent tous. Les étages se distinguent seulement par un numéro dans la cage d’escalier.

Ce garage voisin est tagué avec l’inscription « Papiers pour tous.tes », montrant les enjeux du quartier.

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Service militaire, le retour

Mammouth - ven, 07/03/2025 - 15:05

Photo: Pexels

En novembre prochain, tous les Belges de 18 à 25 ans recevront une lettre très inhabituelle. Tous les jeunes hommes et femmes du pays se verront proposer de faire leur service militaire. A l’heure où le continent européen se prépare à la guerre, le ministre de la Défense, Theo Francken, entend renforcer les rangs de l’armée avec des jeunes recrues volontaires. Mais sa proposition est accueillie de façon réservée par les syndicats.

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Du bruit des usines au calme des abbayes

Mammouth - lun, 03/03/2025 - 15:43
A l’abbaye Notre Dame de Scourmont, ils ont fait le choix du travail et de la prière

Jusqu’à ses 58 ans, Alain a travaillé chez PSA Groupe, à Hordain, dans le nord de la France. Toute sa carrière, il s’est occupé des boites de vitesse du constructeur automobile. Mais quand on le rencontre, il est vêtu d’un scapulaire blanc et d’une ceinture à la taille. Ne l’appelez plus Alain, mais frère Alain Marie.

Perdue entre les champs, une simple route mène à l’abbaye Notre Dame de Scourmont. Au loin, on distingue sa grande porte en bois, arquée, veillant sur chaque visiteur, sur chaque curieux ou sur chaque fidèle. Située dans le calme plat de la campagne chimacienne, l’abbaye est connue pour sa bière. Mais derrière ses murs, se cache une vie monastique basée sur la prière et le travail, selon la règle de l’Ordre cistercien de la stricte observance.

A 4h20, les cloches sonnent pour la première fois de la journée. Celle de frère Alain Marie a débuté depuis une heure, le temps de se préparer, de déjeuner, et de se rendre à l’église de l’abbaye. 4h30, c’est l’heure des vigiles, premier office de la journée. Dans le transept, un moine a déjà commencé de prier. Silence total. Le temps de terminer sa prière et d’aller à la nef, et les autres moines arrivent. À douze, ils commencent à prier en chœur, faisant résonner harmonieusement leurs voix le long des murs de l’église.  A 5h20, chacun repart, dans le calme. Certains en profitent pour déjeuner, d’autres pour aller à la bibliothèque de l’abbaye.

L’ordre monastique des moines cisterciens a été fondé en 1098, à l’abbaye de Cîteaux, en Bourgogne. La vie monastique s’y base sur la règle de Saint Benoît. Simplicité, prière, travail, obéissance, silence, vie communautaire et humilité sont les principes des moines cisterciens. L’abbaye Notre Dame de Scourmont n’échappe pas à la règle. Dans les couloirs, c’est le calme plat. On n’entend que les bruits des pas. Même à table, on ne demande pas de passer le beurre, mais on montre du doigts, on sourit, et on se fait comprendre.

 « Après les vigiles, je m’installe toujours dans la bibliothèque, et je lis. Soit des passages de la bible, soit des textes qui s’y rapportent, ou des textes qui ont un lien avec Dieu et la foi. L’objectif, c’est de trouver un passage, une phrase ou un mot, et de le méditer pendant la journée. » Frère Alain Marie entame sa journée de cette manière, avant de se consacrer au travail et à la vie en communauté. Méditer sur une phrase, c’est ainsi que les moines dédient leur vie à leur recherche spirituelle et à leur foi. À chaque office, les cloches résonnent dans l’abbaye. Au total, les moines assistent aux 7 offices de la journée, rythmés entre lecture, parole et chant. Le tout, millimétré. Comme ces célébrations avaient été répétées pendant des années, ou plutôt, pendant des siècles.

Dédier sa vie à Dieu

Frère Alain Marie n’aurait jamais pensé devenir moine. Toute sa vie, il l’a consacrée à son travail et au bénévolat, aidant des amis, des malades, mais aussi des personnes âgées. « Petit à petit, je suis arrivé sur cette voie sans m’en rendre compte. » C’est en accompagnant un ami, dans le recueillement, qu’il a découvert l’abbaye Notre Dame de Scourmont. Cette abbaye, il ne l’a jamais oubliée. « Quand mon père est décédé, je sentais que quelque chose se préparait. Je ne sais pas si on peut appeler ça un signe ou non, mais j’ai décidé de venir ici, prendre une retraite. Et durant ma retraite, tout s’est déclenché. » Auparavant, Alain avait été jusqu’à sa confirmation mais il n’était pas pratiquant. « Avec le recul, je dirais que c’est une série de signes, d’abord dans le bénévolat, et puis dans ma vie, qui m’ont amené jusqu’ici. Quand j’étais en retraite ici, c’était comme une évidence. Alors, je me suis rapproché des moines, j’ai fait des entretiens, et maintenant, je suis novice, mais en août, je ferai mes vœux. » Une vie dans la quiétude, la prière, le calme, mais aussi dans le travail. « Je m’occupe du travail à l’extérieur, dans les jardins et le potager. Pour moi, ce n’est pas du travail, mais un moment de ressourcement. Ça mène à la réflexion, à la méditation, mais surtout, à la prière. Et ça, c’est un bonheur ici. » Alors, quand on demande au frère Alain Marie s’il est heureux, il répond que le bonheur est fait de hauts et de bas, mais que, oui, il peut dire qu’il est heureux.

Ici, tous vous le diront. Enfin, vous le diront, non, car les moines respectent le vœu de silence. Mais ceux qui acceptent de vous parler vous le diront, ils vivent une vie qu’ils aiment. C’est le cas du frère Marie Robert, moine depuis 30 ans. Comme il aime le raconter, à 20 ans, il avait quatre copines, mais il ne savait pas laquelle choisir. Alors, il décida de choisir un être encore plus cher à ses yeux : le Christ. « À 20 ans je me suis reconverti, et à 22 ans, j’étais moine. Maintenant, j’ai la plus belle vie du monde et je n’ai jamais regretté mon choix. » Sourire au visage, il aime prier et travailler la journée. Il aime cette vie moniale. Une vie qui attire les nouveaux, les regardants et les postulants, comme Andy, originaire de la région de Liège. En voulant découvrir la vie monastique, il est devenu regardant au sein de la communauté Notre Dame de Scourmont. « Pour l’instant, ce qui me manque, c’est le contact des gens. Mais, j’aime ces principes de vie et je voudrais vivre cette vie monastique. »

Si Frère Alain Marie, quant à lui, garde contact avec son frère et ses sœurs, il est conscient d’avoir renoncé à sa vie d’avant. « Quand on vient ici, il faut apprendre à sortir de notre bulle de l’extérieur. Il faut faire le deuil de ce qu’on a vécu à l’extérieur, mais ça fait partie de la vie monastique, et ça se fait progressivement. » Même s’il continue à sortir de l’abbaye, de temps en temps, pour aller se balader ou aller rencontrer des personnes, il revient toujours à la vie monastique. « Quand tu sors à l’extérieur, que tu vas en ville, tu peux vite être tenté de partir. Mais au final, c’est une vie qui ne t’intéresse plus. Tu te rends compte que tu avais besoin d’un changement radical. Et petit à petit, tu combats tes envies, pour faire preuve d’obéissance, d’humilité et de charité. » Comme il aime le dire, la vie monastique n’est pas une prison. C’est un monde ouvert, sur les autres, sur Dieu, et surtout, un monde apaisant, où entre prière et travail, on se retrouve, avec soi.

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IPTV en Belgique : la fin de la tolérance ?

Mammouth - lun, 03/03/2025 - 13:49

L’IPTV est un système de diffusion de contenu lié à Internet grâce auquel un demi-million de Belges accèdent illégalement à des milliers de films, séries et chaines télévisées.
S’il s’est autant développé, c’est parce qu’aucune sanction n’a jamais été appliquée, du moins jusqu’en février 2025, quand deux magasins revendeurs d’IPTV ont été fermés par la police.
Un premier pas vers la fin de la tolérance?

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Quand les Césars ont une touche belge

Mammouth - sam, 01/03/2025 - 13:15
Retour sur les petits Belges primés lors de la grande cérémonie du cinéma français

Ce vendredi 28 février 2025 se tenait la 50ème édition des Césars. La Belgique s’y est invitée une nouvelle fois, par la voix de Bouli Lanners. L’acteur a rappelé, avant de remettre un prix, qu’en Belgique, un président de parti ne veut plus de ministre de la culture. En termes de prix, la co-production belge « Flow » a reçu le César du meilleur film d’animation. En fait, il n’est pas rare que le cinéma belge soit récompensé aux Césars.

Depuis 1976, l’Académie des Arts et Techniques du cinéma organise chaque année sa célèbre cérémonie. Si celle-ci vise en premier lieu à récompenser les acteurs et réalisations français, elle n’est pas fermée à l’international pour autant. Il n’est pas inhabituel de voir un Belge repartir avec une de ces récompenses très prisées du monde cinématographique francophone.


 
Retour sur la touche belge dans les 30 dernières cérémonies

Depuis 1995, le monde du cinéma belge et ses acteurs ont remporté 14 Césars dans 8 catégories différentes. Ce sont nos actrices qui brillent le plus, avec 8 Césars remportés dans 3 catégories. Yolande Moreau est la Belge la plus récompensée de la cérémonie, avec deux Césars de meilleure actrice en 2005 et en 2009 dans les films « Quand la mer monte » et « Séraphine ». En 2023, Virginie Efira remporte aussi la récompense pour son jeu dans « Revoir Paris ».
Qui a osé penser qu’il n’y en avait que pour le premier rôle ? Sûrement pas nous. Cécile de France remporte le prix de meilleure actrice dans un rôle secondaire en 2006, pour son rôle dans « Les Poupées russes ». Récemment, Emilie Dequenne l’a remporté, en 2021, dans le film « Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait ».
Enfin, le César de la meilleure révélation féminine a été remporté trois fois par des Belges. Il l’est d’abord en 1999 par Natacha Régnier dans « La Vie rêvée des anges », puis en 2003 par Cécile de France dans « L’auberge espagnole », enfin Déborah François est sacrée à son tour en 2009, pour son rôle dans « Le Premier Jour du reste de ta vie ».

Les acteurs moins primés que les actrices

La touche belge se fait moins ressentir du côté des acteurs puisque Matthias Schoenaerts a longtemps été le seul Belge récompensé. Il reçoit, en 2013, un César de meilleure révélation masculine en interprétant Alain Van Versch dans « De rouille et d’os », film très récompensé lors de cette cérémonie. Et il faut attendre 10 ans de plus pour que Bouli Lanners emporte celui du meilleur acteur dans un second rôle, pour sa place dans « La nuit du 12 ».
Même si les acteurs sont la face visible du cinéma belge, la face cachée reste bien présente et a remporté quatre Césars techniques depuis 1995. En 2004, la trilogie de Lucas Belvaux « Un couple épatant », « Après la vie » et « Cavale » reçoit le César du meilleur montage. La Belgique est fortement présente en photographie ces dernières années. Récemment, deux artistes belges ont reçu le César de la meilleure photographie : D’abord remporté en 2019 par Benoït Debbi pour le film « Les frères sisters », il l’est une seconde fois en 2022 par Christophe Beaucarne dans le film « Illusions perdues ». 
Enfin, en 2020, dans une cérémonie qui a fait polémique, notamment à cause des Césars reçus par Roman Polanski après toute l’affaire #metoo, la costumière Belge, Pascaline Chavanne est récompensée du César des meilleurs costumes pour son travail dans « J’accuse ».

La Belgique comme co-créatrice

Si on étend les recherches aux films partiellement belges, le nombre de trophées remportés par notre cinéma augmente nettement. Ce ne sont plus 14 Césars belges mais bien 39 Césars quasi-belges, sur les 30 dernières éditions de la cérémonie, avec des grands films comme “Guillaume et les garçons à table !” ou “De rouille et d’os”, qui sont des films franco-belges, comme énormément d’autres réalisations.
Passer sur tous les films récompensés serait trop long, mais il reste intéressant d’en citer quelques-uns. En 2005, le film “Quand la mer monte” de Yolande Moreau est récompensé du César du Meilleur premier film. Elle est donc la seule belge à avoir gagné trois Césars, deux en tant qu’actrice et un en tant que réalisatrice. En 2013, “De rouilles et d’os”, film Franco-Belge fait un carton avec 4 Césars : meilleure révélation masculine, meilleure adaptation, meilleure musique et meilleur montage.  
Les productions partiellement belges sont aussi très présentes dans le monde du cinéma d’animation, avec cinq Césars du Meilleur Film d’Animation : “Ernest et Célestine” (2012), “Loulou, l’incroyable secret” (2014), “Minuscule – la vallée des fourmis perdues” (2015), “Dilili à Paris” (2019), “Josep” (2021).
Un autre César important à noter, est la victoire en 2014 du César du meilleur film étranger par le film “Alabama Monroe”, un film belgo-néerlandais. Le même César qui avait été gagné, 22 ans plus tôt, par le film belgo-franco-allemand “Toto le héros” et, en 2018, par le film russe, allemand, belge et français “Faute d’amour”.

La Belgique et son tax-shelter

La Belgique occupe une place essentielle dans les productions françaises, notamment par l’intermédiaire du Tax Shelter. Ce mécanisme d’optimisation fiscale vise à encourager les entreprises à investir dans des productions culturelles en échange d’un avantage fiscal. Il a été mis en place en 2004 dans le but de favoriser le développement du cinéma et de l’audiovisuel afin de promouvoir la culture belge.
A titre d’exemple, les films « Le Comte de Monte-Cristo » et « L’Amour ouf », nommés pour les Césars 2025, sont deux productions franco-belges qui se sont construites sur ce dispositif. Certaines scènes de l’adaptation du célèbre roman d’Alexandre Dumas ont été filmées aux Lites Studios à Bruxelles, notamment la scène d’ouverture du naufrage et celle de l’évasion d’Edmond Dantès.
D’après nos estimations, sur les 31 films qui ont vu un César être attribué à un belge, au moins 17 avaient été financés par le Tax Shelter prouvant son intérêt pour le cinéma belge. 

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Anderlecht : Résister à la peur au quotidien

Mammouth - ven, 28/02/2025 - 12:23

La nuit tombe sur Clémenceau, plongeant ce quartier d’Anderlecht dans une atmosphère lourde et oppressante. Les commerces ferment les uns après les autres, les grilles métalliques claquant avec un bruit sec. « Excusez-moi, je ferme aussi !« , lance précipitamment le propriétaire d’un restaurant, pressé de rentrer chez lui. Le long de la rue, les commerçants se dépêchent, les enseignes s’éteignent une à une. « Personne ne peut rester après 20 heures, tout peut arriver ici« , avertit Rayan, un Pakistanais connu pour son humour. Mais ce soir, il est sérieux. « C’est une scène inhabituelle dans ce quartier, d’habitude si animé jusqu’à des heures tardives. Ce qui m’inquiète, c’est le chemin pour rentrer chez moi« , confie-t-il.

À quelques mètres de là, un autre commerçant se montre moins alarmiste. « Fermer pour faire quoi à la maison ? C’est une fuite en avant. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’on puisse régler les problèmes de ce quartier en s’enfermant. En fuyant. Nous devons nous unir autour des autorités pour trouver une solution durable« , propose Zayn, déterminé.

Un terreau propice à l’insécurité : densité de population, mixité sociale et difficultés économiques

Ces dernières semaines, des événements graves ont secoué les quartiers d’Anderlecht, en particulier Clemenceau. Des tirs d’armes de guerre ont fait un mort et plusieurs blessés. Si de tels incidents n’avaient pas une telle ampleur auparavant, les signes avant-coureurs étaient déjà perceptibles. 

« Oui, ces dernières années, des problèmes comme la délinquance, les trafics illicites de drogues et d’armes se sont intensifiés, alimentant des tensions sociales qui couvaient déjà« , explique Amadou, 42 ans, dont onze passés à Clémenceau. 

« Il ne faut pas perdre de vue que cette insécurité est lucrative, car des lobbies gagnent beaucoup d’argent. La drogue vient de la ville française de Marseille« , nous confie I.B, 28 ans, ancien dealer de drogue. « J’ai très tôt commencé à m’en procurer et ensuite je suis devenu une sentinelle. Je passais des heures à guetter dans le quartier, et dès que je voyais les policiers s’approcher, j’appelais le Boss. Pour ce travail, je gagnais entre 70 et 100 euros si la marchandise était bien écoulée.« 

Résultat : les quartiers d’Anderlecht sont devenus difficiles à vivre.  « Je vis un vrai calvaire ici. Je risque de perdre mon travail car, depuis deux semaines, je suis obligé de conduire moi-même mes enfants à l’école, de peur qu’il leur arrive quelque chose. j’arrive toujours en retard au travail. Avant ces fusillades, ils y allaient seuls« , avoue Albert, un père de famille, épuisé par cette situation. 

Entre peur et résilience : les habitants face à l’insécurité

Dans ce contexte, les habitants de Clémenceau oscillent entre peur et résilience. Certains se barricadent chez eux dès la tombée de la nuit, tandis que d’autres, comme Zayn, appellent à la solidarité et à l’action collective. Les autorités, quant à elles, tentent de répondre à ces défis par une présence policière accrue et des initiatives sociales, mais les problèmes de fond – précarité, exclusion et manque d’opportunités – persistent, laissant les habitants dans une attente anxieuse de changements concrets.

Face à cette situation, les autorités locales, régionales et fédérales ont mis en œuvre plusieurs actions pour améliorer la qualité de vie des habitants et lutter contre l’insécurité. Certaines mesures rassurent, mais d’autres suscitent la colère. « Ce dispositif sécuritaire est franchement exagéré. Nos enfants sont paniqués chaque fois que nous passons devant ces forces de sécurité« , révèle Adrian, un jeune père de famille d’Anderlecht. 

Des initiatives pour apaiser les tensions et renforcer la cohésion sociale

Les autorités travaillent en partenariat avec des associations locales pour ne pas céder à la peur. Une vie est encore possible, et tout le monde ne quitte pas le quartier.  Des médiateurs sociaux et des travailleurs de rue sont déployés pour apaiser les tensions et favoriser le dialogue entre les habitants, les jeunes et les autorités. Ces initiatives visent à renforcer la cohésion sociale et à prévenir les conflits. 

Dans plusieurs quartiers d’Anderlecht, comme à Saint-Guidon, les habitants veulent montrer un autre visage d’Anderlecht

Dans l’après-midi du 27 février, des actions conviviales ont été organisées dans différents endroits comme Aumale, Clémenceau, Peterbos et Saint-Guidon, avec des tables festives placées dans les rues. Objectif ? « Nous réapproprier l’espace public, de recréer du lien et affirmer ensemble que nos quartiers sont avant tout de lieux de vie, de solidarité et de respect« , expliquent les organisateurs de l’initiative « Un moment de pause pour Anderlecht« .

« Nos quartiers ne sont pas des espaces de violences.  Non, ce ne sont pas des champs de tirs à l’aveuglette. Il y a mieux que ces dérives éphémères qui surviennent dans bien d’autres cités. On fait seulement de la fixation médiatique sur Anderlecht. Nous sommes tranquilles ici« , explique Omar, un participant à la rencontre joint par Mammouth Média. Ce que confirme Ousmane, un habitant du quartier Aumale. « Tout comme les autres quartiers, il y a de l’ambiance ici, des gens qui rient, qui sont heureux de vivre ici« .

Ces événements qui visent à recréer du lien social et à montrer que, malgré les difficultés, la vie continue et que la solidarité reste un pilier essentiel pour surmonter les épreuves, « vont continuer les 6, 13 et 20 mars de 16 h à 18 h à  Aumale, Clémenceau, Peterbos et Saint-Guidon« , a précisé Edurne, membre de l’organisation de cette initiative.

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La Pro League fait peau neuve

Mammouth - ven, 28/02/2025 - 10:27
Avec la suppression des play-offs, la D1 nationale entre dans une nouvelle ère

Réunis ce jeudi matin dans les locaux de la Pro League pour une nouvelle assemblée générale afin de trouver un accord quant au futur de la Jupiler Pro League, les différents clubs professionnels ont finalement voté en faveur d’une nouvelle formule pour le championnat national. Exit les play-offs, bonjour la phase classique. Le Club Bruges est satisfait, Anderlecht et le Standard ont un avis mitigé, Georges-Louis Bouchez est lui très énervé.

À l’issue d’une réunion qui aura duré environ deux heures, les clubs ont voté. Pour réformer le championnat national, il devait y avoir 33 votes sur 49 en faveur du changement. Selon les informations de La Dernière Heure, cette proposition de formule a récolté 34 voix. Cette nouvelle mouture de notre bonne vieille Pro League entrera en vigueur à l’aube de la saison 2026/2027. Certains clubs auraient souhaité la voir débuter dès la saison prochaine.

Plus concrètement, les play-offs vivront donc leur dernière édition à l’occasion de la saison prochaine. En effet, la D1 belge bascule sur une formule plus traditionnelle avec seulement une phase de ligue pour déterminer le champion. La réforme entérine donc aussi la disparition de la très décriée division des points par deux à l’issue de la phase classique.

Un autre changement majeur est l’augmentation du nombre de clubs présents en première division. Cette dernière sera désormais composée de 18 clubs, contre 16 actuellement. Un total de 34 matchs sera au programme (deux rencontres face à chaque équipe concurrente, une à domicile, une à l’extérieur). Soit une réduction de six rencontres par rapport à la formule actuelle. Cette diminution, qui fait face à l’augmentation incessante du nombre de rencontres internationales voulue par la FIFA et l’UEFA, était réclamée par tous les plus grands clubs de notre championnat.

Pour arriver à ces 18 équipes, les deux premiers de D1B, monteront directement en D1A à l’issue du championnat disputé l’an prochain. Un barrage aura ensuite lieu entre le dernier de D1A et le troisième de D1B. En cas de succès du club de seconde division, la D1A pourrait donc potentiellement voir l’arrivée de trois clubs de Challenger Pro League, l’autre nom de la D1B.

Dans ce nouveau dispositif, quatres équipes U23 disputeront toujours la Challenger Pro League. Elles avaient été intégrées au début de la saison 2022/2023. Les trois formations de jeunes, Anderlecht, Bruges et Genk, qui sont actuellement toujours présentes au sein de cette antichambre (les jeunes du Standard ont été relégués en troisième division à l’issue de la saison dernière) sont d’ailleurs assurées de ne pas descendre au terme du championnat actuel. Cerise sur le gâteau : la direction de Genk a obtenu l’approbation des autres équipes pour que ses jeunes, actuellement derniers en D1B, ne basculent, quoiqu’il arrive, pas au troisième échelon du football belge. Dans ce cas, 17 équipes évolueraient donc au sein de cette Challenger Pro League l’an prochain !

Un compromis qui fait débat

Georges-Louis Bouchez, présent en tant que président des Francs Borains, a été le premier à quitter la réunion. Passablement énervé, celui qui est surtout connu pour être le président du MR, estime que la réforme est une mauvaise nouvelle pour notre championnat : “Alors qu’on avait un très bon modèle qui a permis au football belge d’avancer en termes de ranking, en termes de revenus, on fait finalement le chemin à l’envers. Je ne suis pas favorable.”

Le président des Francs-Borains, passablement énervé contre la réforme

Du côté des grands clubs de D1A, le son de cloche est tout autre. Bob Madou, CEO du Club de Bruges, se montre logiquement satisfait tant son club souhaitait une disparition des play-offs : “Je suis satisfait. Ce nouveau format répond à des conditions importantes pour nous. Beaucoup moins de matchs peuvent désormais être reportés et un ancrage de nos équipes de jeunes en Challenger Pro League est garanti.”

Du côté d’Anderlecht et du Standard, le diagnostic est plus réservé. Les deux rivaux historiques du championnat belge espèrent dorénavant pouvoir regarder l’avenir plus sereinement : “Il faut maintenant regarder vers l’avenir. Nous sommes surtout satisfaits qu’il y ait une continuité et une stabilité sûr lesquelles nous allons pouvoir miser pour aller de l’avant avec le football belge”, a déclaré Wouter Vandenhaute, le président anderlechtois. En bord de Meuse, le son de cloche est semblable : “J’espère que nous pourrons maintenant travailler en paix pour l’avenir du football belge. Les playoffs faisaient débat. Comme je le dis, il y a du pour et du contre dans toutes les options. Désormais, un nouveau format est décidé. Il faut donc vivre avec ça et regarder de l’avant”, a enchaîné Pierre Locht, le représentant du club liégeois.

Mehdi Bayat a lui rallié la position de Georges-Louis Bouchez : “Je n’ai jamais été pour le format à 18. Je trouve que les play-offs apportent une excitation particulière. Indescriptible. Cependant, la démocratie l’a emporté et c’est ça le plus important !”

17 saisons de play-offs

Le système des play-offs aura donc tenu 17 saisons. Créé en 2010, il avait pour objectif de renflouer les finances des clubs en augmentant le nombre de rencontres, et donc les droits de retransmission. Sa création avait suivi une véritable chute libre en Coupe d’Europe: les clubs belges occupaient alors une triste quatorzième place au classement UEFA et les droits TV, très importants pour financer les différents clubs belges, stagnaient aux environs de 45 millions d’euros (aujourd’hui, ces droits sont remontés à 100 millions d’euros).

Pour remonter la pente, les dirigeants de la Pro League ont réuni les présidents des clubs professionnels afin de trouver une nouvelle formule de championnat. Après de longues journées de négociations, les play-offs ont vu le jour. Le système retenu prévoyait une phase classique de 30 matchs suivie d’un mini-championnat entre six équipes pour déterminer le champion. Durant 7 années, les play-offs auront été décriés, mais aussi encensés. La phase finale aura fait vivre aux supporters des moments intenses de suspense. En 2011, Genk devient champion après une belle bagarre contre le Standard. Zulte Waregem manque de peu son premier titre de champion de Belgique au profit d’Anderlecht en 2013. En 2023, l’Union Saint-Gilloise voit son douzième trophée de son histoire s’envoler vers Anvers par hélicoptère. Tous ces événements ont marqué les fans du championnat belge et resteront dans les annales du football belge. 

Ce nouveau format va bouleverser les habitués de notre championnat. Mais peu importe le format, le football belge continuera de transmettre des émotions fortes aux supporters. 

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Vers l’éradication du HPV en Belgique ?

Mammouth - ven, 28/02/2025 - 08:47
A l’image de la Suède, la Belgique veut éradiquer le papillomavirus humain d’ici 2030

En suivant le modèle Suédois ou Autrichien, la Belgique s’est mis l’objectif d’éradiquer le HPV, un virus transmissible sexuellement par contact peau à peau et qui peut provoquer de nombreux cancers. Comment ? En atteignant une vaccination de la population ciblée à 90% d’ici 2030. 

En Belgique, et particulièrement en Wallonie, les chiffres liés au papillomavirus humain (HPV) sont préoccupants. Ce virus, très courant, se transmet principalement par contact direct avec la peau ou les muqueuses, notamment lors de rapports sexuels. Il en existe plus de 200 types, et si certains sont bénins et ne provoquent que des verrues, d’autres peuvent causer des cancers, notamment celui du col de l’utérus.

Chaque année, en Belgique, plus de 1.000 nouveaux cas de cancers causés par ce virus sont diagnostiqués . Ces maladies représentent non seulement un défi médical majeur, mais aussi un lourd fardeau social en raison de leur impact sur la qualité de vie et des répercussions psychologiques qu’ils engendrent. Afin d’éviter la contamination, il existe en Belgique un vaccin remboursable jusqu’à 18 ans et administrable à partir de 9 ans.

Ce vaccin est proposé à l’école dès la 2eme secondaire, mais le taux de vaccination total varie considérablement entre la communauté néerlandophone (80% en 2020) et la communauté française (50% en 2023).

C’est dans ce contexte que s’est réunie une table ronde de gynécologues, d’experts et de mandataires politiques à la Chambre ce 27 février 2025. L’objectif : faire bouger le secteur politique afin d’atteindre au mieux un objectif de « 90/90/2030 ». Comprenez : que 90% de la population à risque soit vaccinée et que 90% de cette même population soit dépistée d’ici 2030. Divers projets ont été proposés par les partis politiques wallons, notamment l’implication des pharmaciens pour le MR, le suivi des personnes dépistées pour les Engagés, ou encore plus de soutien à la recherche pour le PS. Il faudra cependant compter sur une cohérence des institutions, qui, on le sait, reste compliquer à organiser dans notre pays.

Il faut qu’on soit plus efficace en termes de communication”, a affirmé Caroline Désir (PS) après la table ronde. “Réaliser des séances d’infos en début d’année pour rassurer les parents ce n’est pas insoluble. Si on veut atteindre ces 90% il faut mettre les bouchées doubles et je pense qu’il faut créer un lieu qui centralise cette action”. Julie Taton (MR) va dans le même sens : « Je pense qu’il est essentiel de diffuser l’information. Il faut aller à la rencontre des citoyens, leur expliquer l’enjeu, la gravité de la situation, mais surtout leur faire comprendre que l’on a entre les mains une opportunité unique : celle d’éradiquer un cancer grâce à un vaccin. Il existe très peu de cancers que l’on peut prévenir de cette manière, et celui-ci en fait partie. Les gens doivent en prendre conscience, car le taux de mortalité reste encore bien trop élevé« , commente la députée, qui a avoué avoir elle-même été touchée par ce virus il y a une dizaine d’années. 

Un objectif 90/90/2030 est donc atteignable, comme l’ont déjà prouvé des pays tels que la Suède et l’Autriche, qui ont atteint une couverture vaccinale à 90%. Inspirée par ces modèles, la Belgique doit désormais traduire les intentions en actions concrètes. La table ronde organisée ce jeudi au Parlement fédéral a mis en lumière l’urgence d’intensifier la sensibilisation et la vaccination, car comme l’ont rappelé experts et politiques, il vaut mieux prévenir que guérir. 

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A quand le sprint du cyclisme féminin ?

Mammouth - jeu, 27/02/2025 - 16:00
Les cyclistes féminines reviennent difficilement sur l’échappée masculine

Photo: Unsplash et Pexels

D’Alfonsina Strada à Lotte Kopecky, le cyclisme féminin a fortement évolué. Aujourd’hui, la Belgique compte deux équipes World Tour. AG Insurance – Soudal, la version féminine du Wolfpack masculin, présentait d’ailleurs son effectif 2025 ce mardi matin à Bruxelles.

En 1924, Alfonsina Strada est devenue la première femme à boucler un Grand Tour (à savoir une épreuve cycliste disputée sur trois semaines). Pour parcourir les 3.610 kilomètres de cette douzième édition du Giro, elle a dû se renommer Alfonsin! En effet, à l’époque, seuls les hommes pouvaient prendre place sur la ligne de départ. Lors de la huitième étape, Alfonsina a chuté et a cassé le guidon de son vélo. Déterminée à terminer, elle est rapidement remontée en selle pour rallier l’arrivée… tellement en retard que les organisateurs ont voulu l’exclure. Face à l’engouement médiatique autour de son exploit, ils revenus sur leur décision, et Alfonsina Strada a donc finalement pu pédaler jusqu’à Milan, pour clôturer ce Giro, même si elle n’a pas été classée officiellement.

Plus de 30 ans plus tard, en 1958, le premier championnat du monde féminin, sur route et sur piste, est organisé. Pour les Jeux Olympiques, les dames doivent attendre l’année 1984 et l’édition de Los Angeles. Et ce n’est qu’en 2010, suite à une pression des coureuses, que les équipes professionnelles voient le jour. Six ans plus tard, l’Union cycliste internationale (UCI) crée une propre division : le Women’s World Tour. Actuellement, celle-ci est composée de quinze équipes venant du monde entier.

En un siècle, le monde du cyclisme féminin a énormément changé. Aujourd’hui, les coureuses professionnelles ont le droit à un salaire minimum et les équipes bénéficient d’un meilleur encadrement.

Une grande boucle à l’histoire chahutée

La plus grande course du monde, le Tour de France, a également eu beaucoup de mal à accepter les coureuses. Avant le retour du Tour de France Femmes en 2022, tel que nous le connaissons actuellement, de nombreuses tentatives ont échoué. La première a eu lieu en 1955, mais reste sans suite. En 1984, un Tour féminin a été organisé parallèlement à l’épreuve masculine, mais le manque de moyens et de couverture médiatique ont conduit à un nouvel arrêt, en 1989. Trois ans plus tard, une nouvelle tentative a vu le jour, sous l’appellation de Grande Boucle féminine. N’ayant pas la même réputation que son encombrant grand frère masculin, elle a disparu en 2009. En 2014, suite aux pressions des coureuses et du public, Amaury Sport Organisation (ASO), la société organisatrice, lance La Course By Le Tour de France. Cependant, cette épreuve, disputée sur un jour, est encore très loin du prestige du Tour masculin. Il faut attendre 2022, pour voir renaître un véritable Tour de France Femmes. L’édition 2025 se disputera sur neuf étapes et reliera Vannes à Châtel.

AG Insurance – Soudal, symbole de l’essor du cyclisme féminin

En Belgique, deux équipes ont actuellement la licence World Tour : Fenix-Deceuninck et AG Insurance – Soudal. De grands noms tels qu’Ashleigh Moolman, victorieuse à 48 reprises, Justine Ghekiere, vainqueure d’étape et maillot à pois sur le dernier Tour de France Femme, ou encore Urska Zigart, la compagne d’un certain Tadej Pogacar, composent d’ailleurs l’effectif de cette dernière.
Ce mardi 25 février, dans les locaux de son sponsor principal, l’équipe version 2025 a officiellement été présentée. À cette occasion, nous avons tendu notre micro à Kim Le Court. La championne de l’Île Maurice de cyclisme sur route en ligne et en contre-la-montre, nous apporte quelques précisions intéressantes sur l’évolution du cyclisme féminin : “Personnellement, ça fait seulement un an que je suis dans ce monde du cyclisme professionnel, mais j’ai déjà remarqué de vraies améliorations. De nouvelles courses ont été inscrites au calendrier et les retransmissions télévisées se sont améliorées. Cependant, je préférerais que la diffusion de la course intervienne encore plus tôt. Actuellement, on ne voit jamais le début de la course, mais seulement les derniers 60 ou 70 km. C’est triste pour les coéquipières et tout le travail qu’elles effectuent en amont. C’est elles qui te font devenir une gagnante de course.”

Une médiatisation en progrès, mais encore inégale

Ashleigh Moolman, professionnelle depuis 2010, nous a également apporté son point de vue quant à la médiatisation du cyclisme féminin. Selon elle, beaucoup de changements ont eu lieu récemment. Suite à une exposition télévisée grandissante, les jeunes filles peuvent désormais regarder les courses à la télévision et, pourquoi pas, croire en leur chance si elles sont mordues de vélo.

Il n’en reste pas moins que la diffusion de compétitions sportives, tous sports confondus, reste extrêmement disproportionnée entre les hommes et les femmes. Malgré le fait que la part de diffusion du sport féminin sur nos écrans a triplé ces trois dernières années (passant de 7.6% à 21.1%), le pourcentage de diffusion du sport masculin reste considérablement plus élevé (77.5%). Il reste du progrès à faire…

Source : Arcom 2023 • Apolline Merle – Franceinfo : sport

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Quand les vieux se mettent en colère

Mammouth - lun, 24/02/2025 - 09:31

Vous les avez peut-être déjà aperçus dans une manifestation ? Le gang des vieux en colère donne de la voix pour de nombreuses causes. Nous avons rencontré ces gangsters qui défendent dans la joie le droit de vieillir dignement.

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Anderlecht sous tension

Mammouth - ven, 21/02/2025 - 14:31
Dans les quartiers de Clémenceau et de Saint-Guidon, les riverains s’inquiètent des fusillades

Victime d’une série de fusillades, la commune d’Anderlecht est plongée dans l’inquiétude. Comment les habitants des quartiers de Clémenceau et Saint-Guidon vivent-ils la situation ? Nous sommes partis à leur rencontres pour leur poser la question.

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Jobs étudiants à la sauce Arizona

Mammouth - ven, 21/02/2025 - 14:22
La nouvelle majorité fédérale va permettre aux étudiants de travailler plus

Benjamin Maillet

Le nouveau gouvernement fédéral veut aux étudiants puissent travailler plus, et plus tôt. Actuellement, ils peuvent travaille jusqu’à 475 heures par an. La limite légale remontera bientôt à 650 heures. Les jeunes pourront par ailleurs commencer à travailler dès 15 ans (contre 16 actuellement). Au salon du job étudiant de Nivelles, les avis sont partagés sur ces nouvelles mesures.

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Aux racines de la guerre à l’Est du Congo

Mammouth - jeu, 20/02/2025 - 13:02
La prise de Goma et Bukavu ouvre un nouveau chapitre dans un conflit aux racines profondes

A l’est du Congo, la prise de Goma et de Bukavu par les rebelles du M23 a marqué une nouvelle étape dans un conflit où l’implication rwandaise n’est plus à démontrer. Alors que le M23 et les forces armées rwandaises progressent dans le Sud Kivu, la communauté internationale observe sans s’engager un conflit aux racines multiples et profondes.

Au moins 1.300 morts. Et 3.000 blessés. Sans compter ceux qui échapperont aux statistiques des Nations unies ou de la Division provinciale de la santé du Nord Kivu. Le bilan en chiffre de la prise de Goma, ce 27 janvier, par les rebelles du Mouvement du 23 Mars (M23), soutenus par les Forces Rwandaises de Défense (RDF) est terrifiant. Selon Radio France International, 70 % des blessés actuellement soignés par le CICR (Comité international de la Croix Rouge), sont des civils. Derrière les chiffres, s’étend une crise[1] humanitaire d’envergure. Les poches de sang manquent pour traiter les blessés, l’eau et l’électricité n’ont toujours pas été rétablis partout dans la ville de Goma. Celle-ci compte près d’un million d’habitants mais aussi un nombre similaire de déplacés internes, casés dans des camps insalubres depuis qu’ils ont fui les combats entre les rebelles du M23, l’armée régulière et ses supplétifs Wazalendo (Patriotes en swahili, une association de groupes armés qui ont fait alliance avec l’État congolais pour lutter contre le M23).

Si certaines activités ont repris à Goma, dont les marchés, on reçoit aussi, de la part de défenseurs des droits humains, des messages Whatsapp de ce genre : « La sécurité est mauvaise. Les parents n’osent pas mettre leurs enfants à l’école. La nuit, des gens armés font irruption dans les maisons.» Alors que le M23/RDF entraient dans Goma et encerclaient les forces armées congolaises, environ 4.000 prisonniers se sont enfuis de la prison centrale de Munzenze. Un incendie a causé la mort de 141 prisonnières coincées dans l’aile des femmes, où des agressions sexuelles ont également été relevées. Les armes abandonnées en rue par les militaires congolais en fuite (bientôt acheminés, pour une partie, vers le Rwanda) ont été récupérées par des bandits et jusqu’à aujourd’hui, le M23 n’a pas pu ramener la sécurité partout, malgré ses promesses d’y parvenir.

Après le 27 janvier, le M23/RDF a continué son offensive vers le sud. Le 12 février, ils sont entrés dans Kalehe-centre, à environ 60 kilomètres au nord de Bukavu, capitale de la province du Sud Kivu. Sur le sol congolais se joue désormais un conflit régional. Il oppose aujourd’hui les rebelles du M23 et le Rwanda, d’un coté, à l’État congolais soutenu par l’armée nationale du Burundi, les groupes armés locaux rassemblés sous la bannière Wazalendo et une force intervention de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), avec notamment des soldats sud-africains. Les combats ont engendré le déplacement forcé de 300.000 à 400.000 personnes rien que depuis le début 2025. Ceux-ci s’ajoutent aux 4,6 millions de déplacés de la région. Derrière le « grand jeu » qui se joue dans les Kivu, c’est bien d’une catastrophe en cours pour les civils dont il s’agit.

Les minerais n’expliquent pas tout

Pour l’expliquer, plusieurs pistes rivalisent dans les médias européens et les réseaux sociaux. Une d’elles, fortement mise en avant, voudrait que le facteur majeur qui pilote le conflit soit l’accès aux ressources minières de l’est du Congo, dont le sous-sol est riche en coltan (qui donne le tantale utilisé pour les semi-conducteurs des téléphones notamment), cassitérite (qui donne l’étain), wolframite (qui donne le tungstène) et en or. En réalité, les causes sont bien plus complexes et multiples, même si les ressources minières y jouent un rôle.

« Le M23 et le Rwanda ont chacun leurs propres motivations, explique Ken Matthyssen du centre de recherche International Peace Information Service (IPIS), basé à Anvers. Et si le Rwanda soutient le M23 depuis sa résurgence en 2021, les rebelles ont leur propre agenda, qui évolue au fil du temps. »

Le Mouvement du 23 mars est né en 2012, à l’initiative d’officiers membres d’une ancienne rébellion, celle du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), composée en bonne partie de Tutsis congolais. Ils voulaient montrer, par les armes, qu’ils n’étaient pas satisfait de la mise en place d’un accord de paix de 2009 entre le gouvernement congolais de l’époque et le CNDP. Cet accord mentionnait notamment que le CNDP pouvait se transformer en parti politique et que les rebelles allaient être intégrés dans l’armée régulière. En 2012, le M23 va gagner le contrôles de certaines parties du Nord Kivu (autour de Rutshuru, notamment) et parvenir à prendre Goma pendant quelques jours. À l’époque déjà, le Rwanda les soutenait activement. Mais le M23 se craquèle vite en deux ailes concurrentes[2] et un coup de pression des États-Unis[3] sur le Rwanda amène le retrait des troupes rebelles de Goma.

En 2013, un nouvel accord est négocié, à Addis-Abeba. Plusieurs cadres-dirigeants du mouvement partent en exil, au Rwanda ou en Ouganda. Ils reviendront quatre ans plus tard au pays, et entament, en 2019-2020, des négociations avec le nouveau pouvoir en place à Kinshasa, détenu par le président Félix Tshisekedi[4]. Ils réclament notamment d’être réintégrés dans l’armée. Les négociations échouent, pour des raisons encore floues[5]. Le M23 décide dès lors de reprendre les armes, dans la région de Rutshuru, au Nord Kivu. Selon Ken Matthysen, chercheur chez IPIS, « le M23 a des motivations qui sont très liées à la protection des communautés rwandophones de l’est de la RD Congo. Ils estiment que Kinshasa ne les protège pas assez. Ils ont ainsi envie d’éliminer les groupes armés rivaux (dont le Front démocratique de libération du Rwanda, mouvement rebelle constitué à l’origine par des génocidaires hutus, ndlr) mais se sont aussi constitués afin d’obtenir un accès aux terres, et de protéger les terres qu’ils ont acquises par le passé, notamment en accédant à des postes à responsabilités au niveau local. Au Congo, les autorités locales et les chefs coutumiers, par exemple, ont un rôle important à jouer en termes d’accès la terre. »

Dans un article paru dans The New Humanitarian[6], la chercheuse Judith Verweijen et le chercheur Christoph Vogel complètent cette explication : il y a aussi « les intérêts et les ambitions du leadership du M23. Ils incluent des intérêts individuels liés à une amnistie pour les violences passées et des réclamations politiques et militaires. Là où ces dernières se focalisaient au début sur la participation politique et le retour des réfugiés de la communauté tutsi congolaises, les rebelles développent aujourd’hui un agenda plus national, menaçant de marcher sur Kinshasa, la capitale. Ce n’est pas clair si cette menace est rhétorique ou basée sur un plan réel. »

Une « crise interne » ?

Entre 2021 et 2024, le M23 va petit à petit gagner du territoire dans la partie méridionale du Nord-Kivu, mais sans jamais indiquer vouloir prendre Goma, jusqu’à janvier 2025. Des publications du groupe d’experts des Nations Unies sur la RD Congo montrent des photos indiquant qu’ils ont pu disposer de matériel militaire rwandais (systèmes de tir, notamment) ainsi que de soldats du RDF dans le cadre de leurs campagnes militaires. De plus, le leadership du M23 va s’allier avec une personnalité politique qui entretient elle-même un conflit avec le régime Tshisekedi : Corneille Nangaa, l’ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Nangaa n’est pas un Congolais rwandophone, il est originaire du Haut-Uélé, dans le nord-est du pays. Imposé par l’ancien président Joseph Kabila à la CENI, il a pu s’enrichir durant son mandat, acquérir des carrés miniers aurifères dans sa région, acheter des biens immobiliers à Kinshasa. En 2019, après les négociations post-électorales qui ont amené Félix Tshisekedi au pouvoir au détriment du vainqueur supposé, Martin Fayulu, Corneille Nangaa est placé sous sanctions américaines[7]. Sous pression financière, il aurait, selon Africa Intelligence, revendu ses titres miniers à des proches du régime actuel, sans jamais être payé. En 2023, Nangaa décide alors de lancer un mouvement d’opposition, l’Alliance Fleuve Congo, dont la branche militaire sera le M23. Nangaa devient un des principaux visages politiques de la rébellion, là où Sultani Makenga assume la direction militaire.

Lors d’une conférence de presse tenue dans un hôtel de luxe de Goma, Nangaa a affirmé que désormais, pour le mouvement, l’objectif était de renverser le pouvoir à Kinshasa. Au journal Le Soir, il a également déclaré, le 12 février 2025, qu’il n’était pas « le porte-parole du Rwanda », et que le conflit était « d’abord une crise interne congolaise ». Ce qui n’empêche pas que le Rwanda a envoyé plusieurs milliers de ses militaires, bien entraînés et équipés, pour appuyer l’avancée du M23 au Congo. Qu’est-ce qui motive Kigali à s’impliquer autant dans un conflit qui pourrait être dommageable pour son image de « bon élève » de l’Afrique des Grands Lacs aux yeux des bailleurs occidentaux qui soutiennent le budget rwandais ?

Beaucoup de personnes, notamment des députés belges au parlement européen, sorte la théorie des « minerais de conflit ». Le Rwanda viserait les richesses minières congolaises, dont le coltan de la mine de Rubaya (Nord-Kivu, à 4 heures de route de Goma), actuellement dans les mains de ses alliés du M23. La réalité est plus complexe, même si l’économie joue un rôle certain. Aujourd’hui, 150 à 200 tonnes de coltan sortiraient tous les mois des zones dominées par le M23 dans cette région, selon nos informations. Selon les Nations Unies, ces minerais ramènent des revenus de 800.000 dollars par mois au M23. Mais si l’objectif ultime était la maîtrise des zones minières, pourquoi est-ce que la rébellion a attendu 2023 pour s’emparer de Rubaya, alors qu’elle en avait les moyens militaires ? Le M23 se finance, comme d’autres acteurs armés, par des canaux multiples, dont la taxation dans les zones qu’il maîtrise ou les barrières routières[8]. S’ils sont présents dans la zone conquise, les minerais serviront bien évidemment de moyen de financement.

Mais Kigali est un acteur des chaînes minières impliquant des minerais congolais en dehors des périodes de rébellion. Entre la fin du M23 version 1.0, en 2013, et sa version 2.0, de multiples rapports des Nations Unies et d’ONG, ont souligné le rôle du Rwanda comme plaque tournante pour des minerais d’origine illicite. Depuis dix ans, les témoignages se multiplient sur les « fuites » de minerais sur le lac Kivu, en dehors des périodes d’activité du M23.

Le Rwanda extrait un peu de coltan[9] dans ses rares mines mais dépend surtout de l’extraction minière congolaise pour alimenter sa filière de transformation. En 2022, il a exporté pour 63,7 millions de dollars de coltan. Ce chiffre place le coltan très loin du peloton de tête des exportations rwandaises. Un autre minerais qui semble moins retenir l’attention est, en réalité, bien plus rémunérateur pour les élites économiques de Kigali : l’or. Il représente la principale exportation rwandaise en valeur, et 30 % environ de ses exportations totales. Ainsi, les déclarations d’importations d’or rwandais soumises par les Émirats arabes unis, véritable « hub de l’or » entre l’Afrique et l’Asie, indiquent que le Rwanda y aurait exporté pour 884 millions d’or en 2023[10]. S’il dispose de raffineries d’or[11], le pays ne dispose pas de mines en suffisance. Il se fournit via des réseaux d’approvisionnement opaques, dont une partie provient de RD Congo, mais il faut noter que jusque début février 2025, le M23 n’avait pas la maîtrise de territoires comportant un secteur aurifère important. L’or qui circule au Rwanda est acheminé via une séries de canaux et de pays voisins, qui servent à « blanchir » l’or congolais, entachés ou non par des conflits (car il faut rappeler qu’à côté du M23 subsistent une centaine d’autres groupes armés à l’Est du Congo, dont les très violents groupes CODECO en Ituri et les ADF dans la région de Béni).

Les ambitions de Kagame

Les minerais congolais représentent un élément dans une ambition politique plus vaste du régime de Paul Kagame, indéboulonnable et controversé président depuis près de 25 ans. « Il y a une compétition politique et économique dans la région, explique Ken Mathysen. Au début de son mandat Félix Tshisekedi a essayé d’apaiser les tensions à l’Est du Congo en proposant des accords bilatéraux. L’Ouganda et le Burundi ont pu amener sur le sols congolais leurs troupes afin de tenter d’arrêter, respectivement, les groupes armés ADF (d’inspiration djihadiste, ndlr) et Red Tabara (qui luttent contre le pouvoir en place à Bujumbura, ndlr). Avec le Rwanda, il y a eu la perspective d’accords militaires, de partenariats économiques. Une raffinerie de Kigali devait transformer l’or extrait sur les concessions de la société étatique congolaise Sakima. Tout a été annulé. En plus, les accords pour que l’Ouganda s’implique dans des infrastructures routières reliant la RDC à Kampala, afin de faciliter le commerce, ont irrité Kigali, qui perçoit la région comme son giron économique. Tout cela a créé beaucoup d’animosité, sans parler des propos très anti-rwandais de Félix Tshisekedi durant la dernière campagne électorale. »

Publiquement, le président rwandais Paul Kagame maintient un discours trompeur. A CNN, il a déclaré qu’« il ne savait pas » si son armée était présente au Congo, tout en disant que la situation au Congo était un souci majeur pour le Rwanda. Il présente la présence des rebelles du FDLR comme une menace (faible en termes d’hommes, mais symboliquement forte, Kagame ayant promis une sécurité sans faille aux Rwandais), mais les multiples incursions rwandaises, au cours des quinze dernières années, pour déloger les FDLR, n’ont pas amené à leur éradication.

Depuis une trentaine d’années et les suites du génocide, le Rwanda tente de façon répétitive « d’exercer son influence sur l’est de la RD Congo », écrivent Vogel et Verweijen. « Les motivations du Rwanda reflètent un mélange de raisons politique, sécuritaires et économiques, souvent chargées de narratifs identitaires. » En face, estiment les deux experts des mécaniques de conflit des grands lacs, « les gouvernements congolais successifs ont contribué à perpétuer cette impasse sécuritaire : incapable et réticente à construire une armée capable de protéger le territoire et sa population, les Forces de sécurité congolaises sont devenues partie prenantes de la violence à l’Est de la RD Congo. »

Du côté des élites rwandaises, analyse Kristof Titeca (Université d’Anvers), « il y a un sentiment profond que Kinshasa n’est pas capable de gérer le Congo. C’est pour cela qu’on entend parfois parler, à Kigali (et même Kampala), de la création d’une zone tampon à l’est du pays, avec une rébellion qui gérerait le territoire. Ils utilisent l’argument sécuritaire et l’exagèrent pour légitimer leur invasion mais sans reconnaître que des décennies d’intervention n’ont fait qu’empirer le contexte sécuritaire à l’est. » IPIS rappelait dans un article détaillé paru le 6 février[12] que le Congo représente le deuxième marché d’exportation pour Kigali (25 % de ses exports, dont des produits agricoles, du poisson, du pétrole).

En face, la réponse stratégique de Kinshasa a souvent pu sembler non coordonnée, voire expérimentale. Le gouvernement s’est allié avec des groupes armés (regroupés sous la bannière Wazalendo) qui se sont rendus coupables de violations des droits humains envers la population civile dans le cadre de sa lutte contre le M23. En parallèle, des forces d’interventions régionales ont été invitées sur le sol congolais, mais sans parvenir à enrayer la progression du M23.

Samedi 8 février, les chefs d’états d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe ont appelé à un cesse-le-feu immédiat dans l’est du Congo. Sans pour autant condamner ouvertement l’invasion militaire rwandaise. Depuis, en dépit de cet appel, les combats ont continué, Kinshasa et le M23 s’accusant mutuellement d’avoir rompu le cessez-le-feu. Si la Belgique, par la voix du ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot, a annoncé la possibilité de sanctions financière contre le Rwanda, l’Union européenne et la communauté internationale en général tardent à agir pour stopper le conflit et forcer le Rwanda d’arrêter son soutien au M23. Paul Kagame a déclaré à Jeune Afrique que personne ne « l’intimiderait avec des menaces de sanction. » Entre les deux pôles de ce bras de fer reste l’essentiel : des dizaines de milliers de Congolais pleurent leurs proches récemment perdus, et des millions d’autres sont voués à vivre dans la crainte, victimes du cycle infernal des déplacements de population et des conflits à répétition.

[1]https://news.un.org/en/story/2025/02/1160031

[2] Une portée par Bosco Ntaganda, condamnée en 2019 à 30 ans de prison par la Cour pénale internationale, et l’autre par Sultani Makenga, actuel leader militaire du M23.

[3]Sous la forme, notamment, d’un appel téléphonique de Barack Obama à Paul Kagame, le président rwandais.

[4]Suite à un « accord » avec l’ancien président Joseph Kabila et sa coalition politique, Tshisekedi devient président en 2018, évinçant Martin Fayulu, le vainqueur des urnes selon une fuite informatique et la Conférence épiscopale nationale congolaise (Cenco) qui dispose du plus grand réseau d’observateurs à l’époque. Le tout avec la bénédiction de Corneille Nangaa, actuel dirigeant de l’Alliance Fleuve Congo, partenaire du M23.

[5]Le journaliste ougandais Andrew Mwenda, proche de Paul Kagame, écrit que le leadership du M23 lui aurait confié que des membres du mouvement auraient été attaqués, en 2021, par l’armée congolaise, alors qu’ils attendaient un transfert au Bas-Congo. https://www.independent.co.ug/challenge-of-the-congo-2/

[6]https://www.thenewhumanitarian.org/opinion/2025/02/11/why-conflict-mineral-narratives-dont-explain-m23-rebellion-dr-congo

[7]https://home.treasury.gov/news/press-releases/sm633

[8]Lire à ce sujet : https://apache.be/2022/10/14/wat-als-weg-versperren-interessanter-dan-congolese-mijn-controleren et Roadblock Politics de Peer Schouten.

[9]Le Rwanda n’est pas membre de l’ITIE, l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives, ce qui rend très difficile l’identification de sa production minière propre et de ses canaux d’importation. Selon un géologue, les ressources en coltan du Rwanda ne permettent pas d’extraire dans leurs frontières les quantités qu’ils exportent.

[10]https://comtradeplus.un.org/TradeFlow?Frequency=A&Flows=X&CommodityCodes=TOTAL&Partners=0&Reporters=all&period=all&AggregateBy=none&BreakdownMode=plus

[11] Dont une a d’ailleurs été lancée par un Belge sous sanctions européennes, vivant à Dubaï, Alain Goetz.

[12]https://ipisresearch.be/publication/the-new-m23-offensive-on-goma-why-this-long-lasting-conflict-is-not-only-about-minerals-and-what-are-its-implications-qa/

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Mots de médiateurs pour maux de malades

Mammouth - mer, 19/02/2025 - 10:37
A l’hôpital Saint-Pierre, le médiateur est trait d’union indispensable entre les médecins et les patients étrangers

Photos: Victoire Becquart

Abdel est l’un des six médiateurs interculturels de l’hôpital Saint-Pierre. Son quotidien est rythmé par les interventions, les annonces, où se mêlent grandes joies et lourdes peines. Immersion dans ce métier méconnu, celui d’un bâtisseur des ponts entre médecins et patients venus de loin.

« Bonjour Madame ! » lance vivement la médecin en entrant dans la chambre. Jusque-là plongée dans la pénombre, la pièce reprend vie. Dehors, le ciel semble mouillé, même si aucune goutte de pluie ne ruisselle aux fenêtres de l’hôpital. Mais la jeune mère, allongée aux côtés de son nourrisson de trois jours, ne réagit pas. Le silence s’installe.

Abdel, resté sur le pas de la porte, décide alors d’entrer. «Salam Aleykoum», dit-il à son tour. A ces mots, le visage de la jeune Irakienne, creusé par une fatigue intense, s’illumine. Elle semble avoir trouvé un repère ? Incomprise jusqu’alors, elle se redresse, hagarde, e regarde Abdel s’approcher vers le bout du lit. Pour ne pas brusquer la patiente avec du jargon médical, il entame une simple discussion. « Enchanté. Je suis Abdel, le médiateur. Toutes mes félicitations Madame! Comment allez-vous? Comment s’appelle votre magnifique bébé ?»  Une introduction qu’il s’empresse de traduire à l’équipe médicale. Les deux gynécologues profitent de sa présence pour donner à la mère tous les conseils qu’elles n’avaient pas pu lui transmettre jusqu’à présent. « Vous savez Madame, il serait dangereux d’avoir un autre enfant avant deux ans, cela représenterait un risque pour la cicatrice de la césarienne… ». Après seize ans de métier, Abdel sait bien comment adapter le discours des médecins, sans toutefois l’altérer. Certains sujets ne sont, en effet, peuvent s’avérer sensibles. La gynécologie, la mort, la sexualité ou le rôle même du médecin ne se vivent pas de la même manière dans toutes les cultures.

Cette complexité dans la communication est ce qui passionne Abdel, dont le rôle dépasse largement celui d’un simple traducteur. Il est l’un des six « médiateurs interculturels hospitaliers » engagés à Saint-Pierre, chargé de l’arabe et de ses dialectes. Ses collègues, eux, sont responsables du polonais, du turc, de l’albanais, du russe ou encore du roumain. Ils sont 125 en Belgique, 63 francophones et 62 néerlandophones. Dans cet hôpital, connu comme le plus multiculturel de la capitale, leur rôle, invisible du grand public, est absolument primordial.

Émotion quotidienne

Son « dect » – le téléphone dédié aux demandes de médiation – solidement fixé à sa ceinture, Abdel arpente inlassablement les couloirs de cet hôpital dont il connaît chaque recoin. Même quand on ne l’appelle pas, il a pour habitude de se balader de services en services pour proposer son aide. Tout le monde le connaît ici. Il faut dire que l’intensité émotionnelle de certaines médiations a créé des liens avec de nombreux médecins. Au fil des années, il a tissé de belles amitiés. Ses moments d’accalmie lui sont chers, tant il sait qu’ils ne durent jamais longtemps. Généralement, il ne faut pas dix minutes pour que son dect ne se remette à biper. Il est 12h45 en ce mercredi de fin novembre. Abdel en est à sa quatrième intervention. Alors qu’il s’apprête à aller manger, il reçoit un appel. Direction le service d’oncologie, à l’autre bout de l’établissement. Abdel marche à vive allure, enjambe les marches deux par deux. Il faut faire vite, il n’aime pas se faire attendre. A peine essoufflé, il arrive enfin dans le cabinet où le médecin et son patient, un réfugié d’origine irakienne, l’attendent. Le docteur a la mine grave. Il doit annoncer une mauvaise nouvelle à l’homme d’une cinquantaine d’années: une troisième récidive, très agressive, de son cancer du foie. Abdel fait tampon. Par des gestes, des expressions, il s’adapte à l’homme qui se trouve en face de lui. Lui-même immigré marocain, arrivé en Belgique pour poursuivre ses études il y 20 ans, il sait que son parcours est une force qui l’aide à comprendre certains patients. L’homme souffle, son regard se perd dans le vide. « Ça veut dire que je vais très mal ? » demande-t-il abattu. La voilà, l’intensité émotionnelle dont Abdel parlait.

Briller par son absence 

En plus d’être au cœur des plus belles interventions comme des plus difficiles, les médiateurs sont aux premières loges des mouvements migratoires. Il y a 16 ans, quand Abdel est arrivé à Saint-Pierre après des études dans le social, la guerre d’Irak venait de commencer. Les années suivantes, il a vu le nombre de patients irakiens. Aujourd’hui, avec la guerre à Gaza, ce sont les Palestiniens qu’il rencontre par dizaines chaque semaine. A chaque fois, il apprend beaucoup avec ces patients venus de loin. Nouvelles cultures, nouveaux mots, nouveaux dialectes. Nouvelles réalités aussi. Comme lors de cette matinée dont le calme fut interrompu par un appel des urgences. Abdel était à son bureau en train d’encoder, comme tous les matins, les médiations réalisées la veille. Cas, durée de la médiation, genre, âge et origine du patient… C’est une des obligations des médiateurs : rendre des statistiques annuelles pour l’hôpital. Une tâche chronophage, mais qui doit permettre, à terme, de faire ressortir des données intéressantes. Ce matin-là, pas le temps de terminer. Ni une, ni deux, Abdel s’empare de son dect, badge les portes plus vite que son ombre et dévale des escaliers qui mènent aux urgences. Il ne connait encore rien de l’intervention qui l’attend. Victor, l’assistant social, n’a pas eu le temps de le lui communiquer au téléphone.

La subtilité de mon métier se trouve dans l’invisibilité dont je dois faire preuve. 

Les urgences sont un service à part dans l’hôpital. Dans les couloirs constamment surpeuplés, on marche entre les brancards de patients qui attendent leur prise en charge, on entend crier, pleurer, et l’odeur est parfois difficile à supporter. Ces scènes de détresse physique et psychologique, Abdel en a fait son quotidien. Victor arrive à sa rencontre et en profite pour le briefer brièvement tout en trottinant. « C’est un monsieur d’une trentaine d’années qui est arrivé en Belgique il y a trois jours avec son frère. Ils viennent de Gaza. Ils sont à la rue et l’homme se plaint de maux de tête intenses à la suite d’un choc survenu là-bas. J’aimerai m’entretenir avec eux pour savoir où ils comptent aller après la prise en charge, s’ils ont des solutions… ». Sa phrase tout juste terminée, les voilà déjà dans la chambre. L’ambiance est lourde. L’homme se tord de douleur sur le lit. Il tient sa tête entre ses mains et semble très affaibli. Son frère le regarde assis sur le siège à côté de lui, impuissant. Leurs chaussettes sèchent sur un petit radiateur près du lit. Le petit coffre-fort dans l’armoire est ouvert, il n’y a rien à mettre dedans. Victor se présente et Abdel lui emboite le pas. « Bonjour. Je suis Abdel le médiateur et je suis là pour vous écouter ». Le frère le regarde et, désemparé, explique leur situation. « Je vous en supplie, donnez-nous un toit. Dormir dans la rue est trop dur, il fait très froid et mon frère est souffrant ». Victor leur explique la marche à suivre et leur promet de faire tout son possible pour les aider. L’échange est pesant. Après de longues minutes d’explications détaillées sur les démarches possibles, Abdel s’approche de l’homme et pose sa main sur son épaule. « Courage », lui souffle-t-il. «Victor connait des gens, il va vous aider». Le dect sonne et c’est déjà l’heure de repartir.

Sur le chemin, Abdel explique : « Il est important de ne pas se positionner comme l’avocat du patient. Malgré les situations parfois très complexes comme celle qu’on vient de vivre, je laisse les patients prendre leurs responsabilités et je fais attention à ne pas les materner. Je les laisse réagir comme ils le sentent, sans les influencer». Tout en entrant dans l’ascenseur qui mène au service pédiatrique, il ajoute humblement : « La subtilité de mon métier se trouve dans l’invisibilité dont je dois faire preuve. La relation médecin-patient ne doit en aucun cas être altérée, simplement facilitée. Le médiateur doit briller par son absence, ne pas être une entité à part entière ».

Le choc des cultures

Les médiateurs doivent non seulement traduire les dires des médecins, mais aussi les rendre intelligibles par le patient. Ils prennent le temps d’expliquer, d’utiliser des références communes et de faire des comparaisons. Avec l’expérience, ils accumulent un savoir médical impressionnant. Abdel trouve cela passionnant. Il est capable, par exemple, de reconnaître la galle d’un coup d’œil ou encore d’énumérer tous les moyens de contraception possibles, sans que le médecin n’ait à le lui faire traduire.

Il faut savoir s’adapter au psychisme et aux références culturelles du patient. Notre métier est fondamentalement humain, c’est bien plus que de la traduction

C’est d’ailleurs ce qu’il a fait lors de la médiation avec la jeune mère irakienne et son nourrisson. Lors de cette intervention, qui avait touché à l’intime, il était étonnant de constater la confiance qu’avait rapidement donnée la mère à Abdel. Sa condition d’homme a-t-elle déjà représenté un frein pour certaines femmes ? Pour le bien de la médiation, il se doit d’être présent durant toute la consultation. Mais qu’en est-il des interventions gynécologiques par exemple ? « Il est rare qu’une femme refuse ma présence parce que j’ai appris à ne plus représenter l’« homme » que je suis mais seulement le médiateur, l’aidant ». Son effacement va jusque-là. Quelques jours plus tard, une situation vient l’illustrer.

9h30, Abdel est dans bureau. Il s’occupe de traiter les demandes anticipées de médiation pour des langues que son équipe ne maîtrise pas. Il en arrive des dizaines chaque jour. Pour chacune d’entre elles, l’équipe s’occupe à tour de rôle d’engager un médiateur externe à l’hôpital via « SeTIS », une plateforme créée à cet effet. C’est aussi leur rôle. Ce sont des interventions que l’hôpital paie entre 40 et 50 euros. «La moindre erreur est donc relativement couteuse » explique-t-il. « Hier encore, un patient, pour lequel j’avais sollicité un médiateur SeTIS, n’est jamais venu. Problème de communication. Et l’hôpital a payé dans le vide… ». Abdel est concentré… jusqu’à cet appel.  Son dect sonne, c’est le service de planning familial. Il décroche et demande simplement : «Quel est le nom de cette dame ?». Cette question n’est pas anodine. Connaître cette information lui permet d’anticiper le dialecte arabe à utiliser. « En effet, dit-il, chaque nom est connoté ». Trois minutes plus tard, il est trois étages plus bas, aux côtés des secrétaires qui l’avaient appelé. Une femme est assise dans la salle d’attente, incapable de communiquer avec le personnel. Elle tient une poussette dans laquelle un bébé dort paisiblement. Abdel se présente, la femme se lève et s’approche du comptoir. Elle semble exténuée. Gênée de parler, ses yeux fixent le sol. Abdel le comprend aussitôt et la rassure. « Comment allez-vous  ? Vous avez le teint pâle, vous paraissez très fatiguée. Je vous en prie, asseyez-vous ». La femme chuchote. Elle vient pour une IVG. Elle ajoute qu’elle se sent extrêmement coupable. Les secrétaires, soutenu par Abdel, lui rappellent alors qu’elle est libre de son corps et de sa vie et que personne ne peut la juger. La secrétaire lui demande son numéro de téléphone et Abdel, la voyant réticente, ajoute que si ce n’est pas elle qui répond la première, ils ne diront rien. En partant, il mentionne la « compréhension interculturelle » qu’a nécessité l’intervention, notion omniprésente dans son métier. « Il faut comprendre que cette femme, en faisant cette démarche aujourd’hui, se met réellement en danger. Sa culture est très patriarcale, c’est l’homme qui prend les décisions. Si son mari l’apprend, cela pourrait être catastrophique. D’autant plus, si cela s’ébruite autour d’elle, dans sa communauté, elle pourrait être violemment rejetée. Tout cela, je le sais, et je dois composer avec. Je dois adopter une attitude spécifique et proposer, avec les secrétaires, des solutions adaptées. Il en va de sa sécurité».

Au bout du fil

En plus de la médiation interculturelle physique, les médiateurs travaillent également à distance, par visio-conférence ou simple appel téléphonique. Un planning horaire prévoit un temps obligatoire où, toutes les semaines, chaque médiateur se doit d’être disponible en ligne pour répondre aux demandes externes. En effet, de nombreux hôpitaux et autres centres médicaux ne peuvent pas s’offrir le luxe de médiateurs à domicile. Une matinée par semaine, Abdel s’enferme donc dans le petit bureau prévu à cet effet, face à sa webcam. Régulièrement, on lui demande aussi de passer des appels téléphoniques avec des patients : prise de rendez-vous, résultats d’analyse…

Ce jeudi après-midi, Abdel est appelé par la maternité pour s’entretenir avec une ancienne patiente. Quand il arrive sur place, l’assistante sociale lui explique que la mère qu’ils souhaitent appeler vient de perdre son bébé in utero, quelques jours auparavant. Par cet appel, ils veulent discuter avec elle du devenir du petit corps. Pendant une dizaine de minutes, et dans un silence presque religieux, Abdel s’entretient avec la femme endeuillée. Une discussion bien lourde pour être faite au téléphone, d’autant plus qu’elle omet le non-verbal, pourtant essentiel en médiation.

Ce jour-là, Abdel a mené à bien plus de dix médiations différentes. Dix patients, et autant de problématiques, jargons médicaux et émotions différentes. Sans oublier qu’entre chacune d’entre elles, il court. « Certains jours, il m’est arrivé de ne pas pouvoir manger avant 15h » confie-t-il. Cela pose question. Comment fait-il pour tenir le coup, physiquement comme mentalement ? « Certes, je suis parfois fatigué en fin de journée, surtout celles où les interventions s’enchaînent» avoue-t-il, en regardant les chiffres des étages de l’ascenseur défiler. «…mais la passion pour mon métier reste, elle, infatigable». « Ding». Les portes s’ouvrent. Et avec elles, la vision altruiste qu’il nourrit un peu plus chaque jour.

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Photojournalisme et IA : une coexistence pacifique ?

Mammouth - sam, 15/02/2025 - 13:30
« Plus la technologie avancera, plus notre travail de photojournaliste devient précieux »

Photos : Mia Hodžić

Omar Havana, photojournaliste depuis plus de vingt ans, revient sur son parcours et les défis d’un métier en plein changement. Entre authenticité humaine et avancées technologiques, il défend un photojournalisme transparent et fidèle à la réalité, tout en appelant à une collaboration entre empathie et innovation. 

Quelles différences voyez-vous entre un journaliste, un photographe et un photojournaliste ?

Ces métiers partagent une mission commune: témoigner du monde, mais leurs approches diffèrent. Le journaliste raconte des histoires par les mots. Avec des phrases, il décrit un événement, une émotion, une ambiance. Le photographe utilise des images, mais pas forcément pour raconter une vérité car la photographie peut être artistique et interprétative. Le photojournalisme se situe à la croisée des deux. Il ne s’agit pas simplement de prendre des photos, mais de documenter la réalité de manière fidèle. Un bon photojournaliste doit être capable de capturer une image qui raconte une histoire, sans avoir besoin d’explications supplémentaires. Ce n’est pas forcément plus simple ou plus difficile que d’écrire, mais c’est une autre manière de communiquer. Pour moi, le point central du photojournalisme, c’est l’observation et l’empathie. Prendre une bonne photo demande du temps, une immersion dans l’environnement et une compréhension fine des dynamiques humaines. Chaque cliché est le fruit d’un dialogue entre le photographe et son sujet. Je passe beaucoup de temps à observer les gens, à essayer de comprendre leur situation avant de prendre une photo. Et surtout, je garde à l’esprit que ce n’est pas mon histoire que je raconte, mais la leur. 

Dans un contexte où l’intelligence artificielle transforme de nombreux secteurs, quel est son impact sur votre métier ?

L’IA est un sujet qui divise. J’ai déjà discuté avec beaucoup de collègues qui craignent que l’IA prenne nos emplois car elle offre des outils puissants pour générer des photos ou manipuler des images. Mais pour moi, elle ne peut pas remplacer la réalité. Être photojournaliste, c’est être sur le terrain, sentir l’ambiance, capter l’émotion. Si vous voulez montrer ce qui se passe en Ukraine, vous devez être en Ukraine, pas derrière un ordinateur à générer des images. Une machine ne pourra jamais capturer les émotions ou l’atmosphère d’une scène réelle. Ce que l’IA peut produire, c’est une imitation, mais il manque toujours l’authenticité, la profondeur émotionnelle. C’est cette authenticité qui fait toute la force du photojournalisme. Une bonne photo, c’est celle qui traverse le temps et l’espace pour toucher directement le spectateur. Cela dit, l’IA peut nous aider. Par exemple, je l’utilise pour retoucher mes photos ou simplifier certaines tâches techniques. Ce qui me prenait des heures il y a dix ans peut maintenant se faire en quelques minutes.

Il est important de former le public à reconnaître les vraies images des fausses et à comprendre ce qu’est le photojournalisme. Sans cet effort collectif, la frontière entre le réel et le fictif pourrait s’estomper dangereusement.

La crédibilité des images journalistiques est-elle menacée ?

Avec l’IA, il devient facile de falsifier des images, ce qui peut en effet susciter le doute, même envers des photos authentiques, surtout si elles sont spectaculaires ou difficiles à croire. Pour protéger notre crédibilité, la transparence et la rigueur sont cruciales. Être sur le terrain, éviter les manipulations excessives et s’assurer que chaque image reflète fidèlement la réalité sont des impératifs. Le problème avec les images générées par IA, c’est qu’elles peuvent être visuellement parfaites, mais elles n’ont pas ce ressenti humain. Une vraie photo transmet des émotions que l’IA ne peut pas reproduire. Je pense aussi qu’il est important de former le public à reconnaître les vraies images des fausses et à comprendre ce qu’est le photojournalisme. Sans cet effort collectif, la frontière entre le réel et le fictif pourrait s’estomper dangereusement.

Quels conseils donneriez-vous à de jeunes photojournalistes face à ces défis technologiques ?

Mon premier conseil serait de cultiver l’empathie. Avant de maîtriser l’IA ou toute autre technologie, il faut d’abord comprendre les gens que vous photographiez. Si vous n’avez pas cette capacité d’écoute et de respect, vous n’arriverez pas à raconter de véritables histoires. Ensuite, soyez passionnés. Quant à l’IA, je pense qu’il faut l’accueillir comme un outil et non comme une menace. Quand Photoshop est arrivé, beaucoup de photographes traditionnels l’ont rejeté. Mais ceux qui ont appris à l’utiliser ont découvert de nouvelles possibilités. C’est la même chose aujourd’hui. 

Pensez-vous que l’IA remplacera un jour les photojournalistes ?

Non, car le photojournalisme repose sur des qualités intrinsèquement humaines : l’observation, la sensibilité et la présence. Même si les machines s’améliorent, elles manqueront toujours de cette compréhension intuitive des situations. Paradoxalement, plus la technologie avancera, plus notre travail deviendra précieux, car il représentera une rareté : celle de la vraie connexion humaine. Être un témoin direct, c’est ce qui continuera de nous différencier des technologies.

Traduit de l’anglais par Mia Hodžić.

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José, au cœur des luttes

Mammouth - mer, 12/02/2025 - 22:59
Au milieu des sifflets et des drapeaux, José représente les travailleurs en situation de handicap

Employé dans une entreprise de travail adapté, José se révèle également être un militant engagé. Entre la passion, le courage et la détermination, Mammouth média s’est glissé dans son quotidien.

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Sans-abrisme: les bénévoles en première ligne

Mammouth - mer, 12/02/2025 - 14:32
Reportage en maraude à Bruxelles avec les bénévoles de la Croix-Rouge

Elise Henry

En 2024, le nombre de personnes sans-abris et mal logées à Bruxelles pourrait dépasser la barre des 10.000 (contre 7.134 en 2022), selon le centre d’appui régional Brusse’Helpt. Cette augmentation du sans-abrisme, la Croix- Rouge y est directement confrontée au travers de ses maraudes de nuit. Nous les avons accompagné.

Il fait nuit, le vent souffle fort et le temps est glacial, nous sommes à la veille du grand retour de la neige. Rendez-vous à 18h, rue du Rempart des Moines 78, le mardi 19 novembre, au local de la Croix-Rouge de Bruxelles. Le portail est grand ouvert, aucun bénévole n’est encore arrivé hormis Gaëtan Lebrun, responsable de l’équipe Maraude, et Christine Weiland, présidente de la section de Bruxelles. Les locaux sont organisés en trois espaces. Il y a la réserve, la pièce à vivre, teintée de blanc et de rouge aux couleurs de l’association, et la cuisine, où sont préparés les sandwichs.

La Croix Rouge de Bruxelles organise tous les mardis soir des maraudes aussi dites tournées « HOMI » (« homeless and migrants ») pour désigner les bénéficiaires : les sans-abris et sans-papiers. « À la Croix- Rouge on ne fait aucune différence entre les bénéficiaires qu’on rencontre dans la rue, quel que soit leur parcours », explique Gaëtan Lebrun. Les maraudes sont organisées en trois équipes, qui distribuent de la nourriture, des boissons chaudes, mais aussi des produits de première nécessité. Les maraudes sont également un moyen de rétablir du lien social avec les bénéficiaires et les rediriger vers d’autres structures associatives. Pour Gaëtan Lebrun, « la tartine, c’est qu’un prétexte pour rester discuter avec eux, s’ils le veulent ».

De 18h à 20h, les bénévoles arrivent petit à petit, aident à la préparation de la nourriture et organisent les différentes caisses qui accompagneront les tournées. On enclenche la bouilloire, on réchauffe la soupe dans des marmites, et chacun se met à la chaîne pour réaliser des sandwichs au fromage. Entre les bénévoles, ça discute du quotidien et des préparatifs de la maraude, le tout dans une ambiance conviviale.

On avait commencé avec 45 sandwichs et maintenant on est à 120, mais j’en ferais 150, ça partirait aussi

Christine Weiland, présidente de la Croix Rouge de Bruxelles.

Le sans- abrisme augmente considérablement à Bruxelles, et ce sont les acteurs de terrain comme les bénévoles de la Croix-Rouge qui sont les premiers à le constater. Christine Weiland, présidente de la section Bruxelles de la Croix-Rouge, confirme avoir observé une forte augmentation du sans-abrisme depuis 2011 (début des maraudes a la section de Bruxelles) notamment du nombre de migrants en provenance de l’Europe de l’Est : « Le sans-abrisme augmente, ça c’est sûr (…) il y a un boom migratoire pas possible. On avait commencé avec 45 sandwichs et maintenant on est à 120, mais j’en ferai 150, ça partirait aussi », remarque-t-elle. Plusieurs autres bénévoles attestent également de cette augmentation, visible au travers des maraudes, même si cela dépend toujours des zones dans lesquelles ils interviennent. Quentin Guiraud, bénévole depuis 6 ans à la Croix-Rouge, a également constaté l’augmentation du nombre de femmes sans-abris et les très faibles réinsertions chez les bénéficiaires rencontrés.

La maraude de la Croix-Rouge s’arrête dans une station de métro

Il est 20 heures, l’heure d’aller commencer la maraude. Il fait nuit noire et les températures frôlent les 0 °C. Après un dernier briefing de Gaëtan Lebrun, les bénévoles enfilent leurs vestes rouges et se répartissent dans les camions. Tout au long de la maraude, l’ambiance dans le camion reste joviale. Les bénévoles discutent des endroits où l’on croise le plus de bénéficiaires, de ceux avec qui ils ont noué des liens (et dont ils s’efforcent de retenir les prénoms) mais aussi de la meilleure manière pour dire au revoir à un bénéficiaire : « au revoir » semble trop formel, « bon courage » paraît trop misérabiliste, « bonne soirée » peut sembler ironique. Ils finissent par s’accorder sur une formule : « Prenez soin de vous ».

On discute aussi de la meilleure manière de dire au revoir à un bénéficiaire : « au revoir » semble trop formel, « bon courage » paraît trop misérabiliste, « bonne soirée » peut sembler ironique. On s’accorde sur : « Prenez soin de vous ».

Le camion est allé du parvis de Saint-Gilles à la place du Luxembourg en passant par l’Hôtel des Monnaies. À chaque arrêt, les bénévoles prennent des caisses contenant des denrées alimentaires ou des produits d’hygiène pour les distribuer aux bénéficiaires. Ces derniers sont souvent allongés dans des couloirs de station de métro, assis sur un banc, ou blottis à plusieurs sous des tentes. À chaque rencontre, les bénévoles prennent le temps d’échanger avec les bénéficiaires pour créer ou renforcer un lien social, comme avec Léo. Lors d’une visite à la Croix Rouge, ce bénéficiaire a offert un livre à Quentin, avec qui il avait noué une relation amicale. Pour certains bénéficiaires, croiser la Croix- Rouge c’est discuter, donner ou recevoir des nouvelles, partager un sourire ou simplement tenir une main.

Il est 23 heures, c’est la fin de la maraude, tous les repas ont été distribués, même si, en milieu de parcours, les bénévoles ont dû rationner pour pouvoir en donner au plus grand nombre. À l’approche de l’hiver, la Croix-Rouge redouble d’efforts pour venir en aide aux milliers de sans-abris qui devront affronter des conditions climatiques éprouvantes et dangereuses.

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En « hypnagogie » avec Grégoire Gerstmans

Mammouth - lun, 10/02/2025 - 16:54
Grégoire Gerstmans : « J’ai réussi à trouver un son, qui est personnel et intimiste »

Hypnagogie, c’est le nom du premier album solo de Grégoire Gerstmans. La pianiste originaire de Liège signe un album au style néo-classique et minimaliste, qui nous emmène dans un état d’hypnagogie, sur le fil de l’endormissement. Nous l’avons rencontré.

Mammouth:  Sortir un premier album, en solo, et au piano, ça fait quoi ?

Grégoire Gerstmans: C’est un peu pyramidal. De manière général, c’est déjà un rêve d’enregistrer un disque. Mais le faire en solo, c’est incroyable et sous son propre nom, c’est encore plus incroyable, c’est rentrer dans quelque chose de très personnel. Le piano est arrivé comme une évidence, d’une manière naturelle. C’est mon instrument de cœur, c’est mon premier instrument. Je ne me souviens même pas d’avoir commencé à jouer au piano, j’en ai toujours fait.

Le jour de la sortie de l’album, c’est un énorme plaisir. C’est énormément d’émotion et de sentiment, parce que c’est un rêve. Voir tous ces gens qui croient au projet depuis le début, ma famille et mes proches, qui m’ont aidé à aller jusqu’à l’aboutissement de ce disque, c’est un plaisir.

Vous dites créer votre musique à la sensibilité, mais derrière un piano, comment exprime-t-on sa sensibilité ?

Le piano, c’est un peu la même chose qu’un alphabet, mais il n’y a que douze lettres. Ce qu’il a de particulier avec le piano, c’est qu’il y a la musique, les notes, et puis il y a la manière dont on va les jouer. Mon expérience dans ce projet, c’est de me dire j’ai envie de composer une mélodie, de jouer une mélodie, mais je vais l’amener avant tout dans mon univers. C’est aussi ça la musique et les émotions : c’est la manière dont on va ressentir les choses, et la manière dont on va les jouer. Dans mon travail, je vais ajouter beaucoup de silence dans mes morceaux. Ils apportent une émotion et il ne faut pas les négliger. Mon combat, c’est d’arriver sur le piano, de proposer des choses, et de retirer tout ce qu’il y a de superflu, pour en arriver à un équilibre entre le silence et les notes. Quand j’écris un morceau, j’essaye de laisser le plus d’espace possible à la contemplation et à ce que les gens peuvent ressentir.

Vous avez enregistré votre album sans artifice, dans votre grenier. Pourquoi avoir fait ce choix ?

La marche normale à suivre, ça aurait été de louer un piano, de louer un studio d’enregistrement, de prendre un ingénieur du son et d’enregistrer mes morceaux pendant deux ou trois semaines, et voilà. C’est ce que tout le monde aurait fait. Mais dans cette démarche, il faut aller vite. Je voulais quelque chose de différent. Ça a commencé par le piano. J’avais un son en tête. J’avais envie de trouver un vieux piano avec un touché, une histoire, une émotion et je voulais trouver une relation avec le piano. Quand je l’ai trouvé, j’avais mon piano, mais pas de studio. Donc je me suis mis dans mon grenier. D’un côté, pour éviter les bruits de la maison et d’un autre pour m’isoler. On a fait entrer le piano par la lucarne, dans le grenier. Et autour, j’ai construit une cabine studio, pour arriver à n’avoir que le son du piano. Mais bon, je reste dans mon grenier, donc on entend aussi le bruit des oiseaux, le vent, etc. Ce sont des choses que j’assume. C’est chouette parce qu’on a trouvé un son, mais aussi un son qui est personnel et intimiste.

Pourquoi « hypnagogie » comme titre de l’album ?

Après avoir écrit un morceau, je cherchais un mot, un nom à celui-ci. Clément (qui écrit les textes et les poèmes qui du livret qui accompagne l’album) étant très littéraire, je lui ai demandé des idées de noms et de titres, sur le minimalisme et l’ambiance du morceau. Et dans les mots qu’il me sort, il y a « hypnagogie ». Dans un premier temps, je me demande d’où sort ce mot. Je vais voir la définition au dictionnaire et ça m’a directement impressionné. Ce mot m’a marqué, m’a sauté aux yeux. C’était ce mot-là. J’ai tellement aimé le mot que j’en ai fait le titre de l’album. Je voulais un disque avec un nom original. Ce mot, ce nom, il a influencé le reste de l’écriture de mon disque. L’endormissement, c’est un moment sacré. Si tu ne lâches pas prise de ta journée, tu ne t’endors pas. C’est aussi quelque chose de physique, de fin, d’ambivalent entre le rêve et l’éveil. Tu peux tout faire pendant l’hypnagogie. Et c’est ce que je recherche dans ma musique, un moment de lâcher prise.

Le dernier morceau de votre album est le seul avec des paroles. C’est une métaphore qui parle du temps qui passe, et de la peur de rater les plus beaux moments de sa vie. Ça vous angoisse, le temps qui passe ?

Oui, beaucoup. Je ne suis pas à l’aise avec la fin en fait. Mais j’oublie que c’est un tout, que la fin fait partie du début, et qu’il faut savourer l’instant parce que sinon on est vite à la fin.

Clément a écrit ce texte, et quand je l’ai lu, j’ai été marqué, émerveillé par le texte. La métaphore est très prenante, tellement qu’on a décidé de contacter Laurence Vielle, qui a été nommée poétesse nationale en 2016. On lui a demandé si c’était possible de venir chez elle pour enregistrer ce texte. Ça a été une rencontre extraordinaire. Je suis tombé amoureux de sa voix.

Pour vous, faire de la musique, c’est prendre le temps ?

C’est me connecter au temps. Avoir écrit et jouer ce piano, pour moi, c’est comme si j’ouvrais la page d’un grand livre d’une nouvelle thérapie, une nouvelle vie. J’ai une phrase, qui est vraiment une base de mon projet, « Profite de l’éternité de l’instant. », qui influence mon style de vie. Je sors du rock’n’roll, de la pop, des grosses fêtes et j’ai écrit un disque qui est presque ma prescription personnelle finalement.

Il est fier de ce projet, le petit Grégoire qui passait son temps à jouer au piano chez son grand-père ?

Oui, il est super fier. Mais, ça me demande un effort de prendre du temps d’être fier. Là, j’ai envie de prendre du temps pour accueillir l’accomplissement de mon projet, mais comme je fais aussi mes propres photos, mes clips, mes concerts, etc., je ne m’arrête jamais. Donc oui, je suis fier de moi, mais ça va aussi prendre un peu de temps pour prendre conscience de ce qui est sorti, et pour prendre conscience de la dose de fierté.

Et votre grand-père, il serait fier ?

Il serait très fier, et même mes deux grands-pères. Ils m’ont donné l’art des deux côtés. L’un m’a donné le goût à la musique, l’autre à la peinture et l’art visuel. Mais oui, ils seraient fiers, et j’ai le rêve d’imaginer qu’ils le sont.

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